• Au revoir Tonton

    Né en 1925, l’entre deux guerres a bercé ta petite enfance. Adolescent, tu affrontes la dure réalité des combats pour défendre ton lopin de terre royannais, alors sous la joute de l’occupation allemande. 1945, la poche libérée laisse un vaste champ de ruine où il faut tout rebâtir. Maçon par ton métier, tu participes activement à la reconstruction et pour te remercier la ville de Royan offre une petite maison à tes parents pour se loger et t’accueillir à l’abri des hivers encore rudes durant les années cinquante du dernier siècle écoulé. La vie croise alors celle de Renée d’où naissent tes quatre premiers enfants. Mais la belle est frivole et butine dans les chaumières et les champs alentours pendant que tu travailles dur sur les chantiers, à construire routes et maisons. Une séparation éclate et les quatre jeunes te sont confiés. Toujours loin du foyer de par ton activité, les enfants grandissent au côté de ta mère. Mais la grand-mère âgée peine a éduquer la couvée. C’est à cette époque que tu croises du regard Denise, ma maman. Je n’ai que dix ans et mon père vient d’être  emporté par les ravages de l’alcool. Tu prends le relais au foyer déjà occupé par cinq enfants. La maison abrite alors neufs enfants et du second lit deux poussins supplémentaires éclosent. Onze enfants pour une paye de maçon que la société déconsidère, la vie est rude. Mais l’espace autour  de la belle bâtisse est vaste. C’est l’époque florissante des poules, lapins, canards, faisans, oies, chèvre et chevreaux plus un grand jardin pour nourrir au mieux cette grande famille recomposée. Tu deviens malgré moi le tonton de Royan d’adoption. C’est à tes côtés que j’ai compris que la vie n’était pas un doux rêve virtuel et qu’il fallait se batte pour affronter l’existence quotidienne. J’ai appris de toi la générosité et le partage. Tu m’as refilé ta passion du jardinage et je t’en remercie. Les années ont passé. La vieillesse s’est emparée de ta grande carcasse et t’a réduit à l’état de petit homme fragile auquel je n’aurai jamais pensé. La maladie durant tes derniers jours ta fait énormément souffrir. Tu t'es éteint comme une petite bougie ce jour pour rejoindre la part des anges dont tu doutais fortement l’existence.

    Repose en paix mon tonton bien aimé.

     


  • Commentaires

    1
    Samedi 18 Février à 11:28

    très émouvant ton hommage !  une vie bien remplie non seulement de dur labeur mais d'amour et de grande générosité !

    de tout coeur avec toi dans ta peine    bises Cathline

    2
    Andrieux
    Samedi 18 Février à 13:20

    Ton message est très beau papa, pleins de tendresse. Pour moi, papi me laissera encore plus dans mes souvenirs ses merveilleuses langoustines à l'américaine!. A très bientôt. Gros bisous

    3
    KISS
    Mardi 22 Août à 16:44

    J'avais déjà lu ta lettre à ton tonton mais je ne peux m'empêcher de la lire et la relire tellement est belle.

    C'est un hynme à la vie difficile mais plein de tendresse et de bonheur.

    Cher Michel continue à nous enchanter, à nos faire réfléchir aux réalités de la vie.

    Amicalement JP.KISS

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